La contraception hormonale est associée à un risque de suicide et de tentative de suicide

Une vaste étude confirme le lien entre contraception hormonale et dépression ou troubles de l’humeur.

Mis en évidence par une étude danoise à paraître dans l’American Journal of Psychiatry (AJP) réalisée par Charlotte Wessel Skovlund du Rigshospitalet de Copenhague et ses collègues en 2016, ce risque de dépression figure actuellement parmi les effets secondaires sur lesquels le Collège national des gynécologues et obstétriciens de France (CNGOF) se veut rassurant.

L’équipe danoise s’est intéressée au lien entre contraception hormonale et risque de suicide et tentative de suicide. Ce risque de suicide avait déjà été évoqué dans une étude en 2003 mais celui des tentatives de suicide n’avait jamais évalué depuis, indiquent les chercheurs. Ils ont réalisé leur étude sur la même cohorte prospective danoise de femmes sans antécédents psychiatriques ni traitement antidépresseur, suivies à partir de 15 ans et avant leur première contraception hormonale.

Résultat
Sur environ un demi-million de femmes âgées en moyenne de 21 ans et suivies en moyenne pendant 8,3 ans (soit 3,9 millions de personnes-années), 6.999 premières tentatives de suicide et 71 suicides ont été dénombrés. Par rapport aux femmes n’ayant jamais utilisé de contraception hormonale, celles qui étaient actuellement ou avaient récemment été sous contraceptif hormonal présentaient un risque 3 fois plus élevé de suicide et 1,97 fois plus élevé de tentative de suicide.
Le risque relatif de tentative de suicide était plus élevé à l’adolescence. Il était de 2,06 pour les 15-19 ans, 1,61 pour les 20-24 ans et 1,64 pour les 25-33 ans. Le lien entre contraception hormonale et première tentative de suicide atteignait un pic après deux mois de traitement. Le risque restait au moins 2 fois plus élevé au cours de la première année et 1,3 fois plus élevé après sept ans de traitement. La baisse du risque de tentative de suicide après un an de traitement est probablement liée au fait que les femmes les plus sensibles aux effets de la contraception sur l’humeur arrêtent la contraception et se retrouvent ainsi dans le groupe des « anciennes utilisatrices », commentent les auteurs.

Quel type de contraception concerné ?

Pour la pilule combinée, le risque de tentative de suicide était multiplié par 1,91 sans distinction entre les types de combinaisons, par 2,29 pour la pilule progestative, par 2,58 pour l’anneau vaginal et par 3,28 pour le patch hormonal.
Les auteurs soulignent que la différence de risque entre les pilules combinées et la pilule progestative n’est pas statistiquement significative et que les différences de risque entre les pilules, l’anneau et le patch sont sans doute liées aux doses d’hormones libérées plutôt qu’au mode d’administration Les trois autres types de contraception hormonale uniquement progestative (l’injection, l’implant et le stérilet hormonal) présentaient également un sur-risque mais les auteurs ont fait le choix de les exclure des résultats compte tenu d’un possible biais d’indication (prescription de contraception de longue durée aux femmes ayant des troubles psychiatriques, un retard mental, etc.). Les auteurs écartent l’hypothèse d’autres biais (en particulier le début des relations sexuelles et le rôle de dépressions post-partum) et concluent qu’en supposant que le lien soit causal, une hausse de 1.400 premières tentatives de suicide et de 12 suicides est attendue pour 1 million de personnes-années sous contraception hormonale.
Ils recommandent ainsi « une plus grande conscience des implications possibles sur l’humeur des hormones sexuelles féminines exogènes ». « Compte tenu de la sévérité de ces effets secondaires peu reconnus des contraceptifs hormonaux, les professionnels de santé et les femmes qui commencent à prendre des contraceptifs hormonaux devraient en être informés », insistent-ils.

source : Association of Hormonal Contraception With Suicide Attempts and Suicides

Charlotte Wessel Skovlund, Ph.D., Lina Steinrud Mørch, Ph.D., Lars Vedel Kessing, D.M.Sc., Theis Lange, Ph.D., Øjvind Lidegaard, D.M.Sc.

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