Sanofi est-il dans une impasse thérapeutique ?

Alors que le mandat de son administrateur arrive à échéance, le groupe pharmaceutique français, passé de la 1ère à la 4e capitalisation boursière du CAC 40, doit faire face à une restructuration de son portefeuille thérapeutique. Diagnostic d’un groupe en pleine mutation.

Des échecs récents
Depuis quelques années, le groupe accumule les lancements en demi-teinte. Longtemps annoncé comme un blockbuster, Praluent (alirocumab) s’est avéré être bien en deça des espérances de la firme. Cet anticorps monoclonal humain, étudié dans le traitement de l’hypercholestérolémie, de la classe des anti-PCSK9, a été mis au point par Regeneron Pharmaceuticals et codéveloppé par Regeneron et Sanofi. Première biothérapie pour une pathologie de masse, ce médicament avait tous les atouts pour devenir un succès commercial. Cependant, évalué trop chère par les autorités et apportant peu de bénéfices cliniques, il est aujourd’hui réservé a une population très ciblée : les patients adultes atteints des formes les plus graves d’hypercholestérolémie familiale hétérozygote (HFhe) insuffisamment contrôlés et nécessitant un traitement par LDL-aphérèse.

Du coté de son catalogue de vaccins, 2017 fut une année à oublier pour le groupe. Contraint de stopper le développement du vaccin contre le Clostridium difficile juste avant sa commercialisation, Sanofi a dû aussi essuyer les plâtres de son nouveau vaccin contre la dengue.
Avec Dengvaxia, le laboratoire avait pourtant parié sur une cible majeur : 3 millions de cas de dengue sévère et environ 10 000 décès par an sur 100 millions de cas symptomatiques. Une économie alors estimée à 7,2 milliards d’euros annuels pour les pays en développement concernés. Un vaccin qui devait rapporter 1 milliard d’euros par an au laboratoire. Cependant, une étude révélant un risque pour les personnes n’ayant jamais contracté le virus et le décès de plusieurs enfants aux Philippines a contraint le laboratoire à revoir toute sa stratégie. Dengvaxia c’était pourtant la grande acquisition de 2008. Acheté pour 332 millions d’euros, Acambis, la petite biotech anglo-américaine avait mis au point ce vaccin prometteur contre la dengue. Crée à partir du virus de la fièvre jaune génétiquement modifié pour exprimer certaines protéines. Il se distinguait alors de vaccins testés sans succès par Sanofi et par d’autres laboratoires. Avec cet épisode, de quoi s’inquiéter sur les nouvelles acquisitions du groupe.

Une politique de rachat express
Après avoir raté le rachat de l’américain Medivation, Pfizer ayant remporté la mise pour 14 milliards de dollars, puis du suisse Actelion, acquis par Johnson&Johnson en 2017 pour 30 milliards de dollars, le laboratoire a enfin bouclé le rachat de deux biotechs : Bioveractiv (américaine) et Ablynx (belge).

Un rachat attendu par les investisseurs tant Sanofi se trouve dans une période de transition. L’annonce en janvier dernier n’a cependant pas suscité l’enthousiasme escompté. Le prix d’achat n’est pourtant pas exorbitant pour ces deux biothechs dont le portefeuille s’annonce bien fourni.

En rachetant Bioveractiv, Sanofi s’offre deux médicaments déjà commercialisés dans l’hémophilie (Elocate et Alprolix) et d’autres en cours de développement. Avec Ablynx, le groupe prend la possession de Caplacizumab, une thérapie contre le purpura attendue pour 2019. De plus, Sanofi fait l’acquisition d’une plateforme de technologie de pointe en matière de biotechnologie.

Pour mettre la main sur Ablynx, Sanofi a surenchérie de 50% par rapport à l’offre du laboratoire danois Novo Nordisk. Une surcote possible car le laboratoire français disposait de 9,9 milliards d’euros de trésorerie tandis que sa dette s’élevait à 7 milliards.

Diversification du portefeuille : cap sur l’e-santé
Pour faire face à un secteur en pleine mutation, notamment dans le domaine des dispositifs médicaux (voir : Nouveau lecteur de glycémie sans piqûre FreeStyle Libre : est-il fiable ? Aura t-il de la concurrence ? ) Sanofi met le cap sur l’e-santé. Grâce à Onduo, sa coentreprise américaine avec Google, Sanofi prévoit de lancer cette année une plateforme de médecine personnalisée pour les diabétiques. Le groupe vient aussi d’ouvrir en France un laboratoire dédié à la santé « numérique ».
De quoi diversifier ce groupe qui reste, malgré tout l’une des entreprises pharmaceutiques ayant le rendement le plus élevé (4, 2%) des groupes pharmaceutiques européens.

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